Camion qui se rempi de carburant à la station essence

Le carburant pour les transporteurs : pourquoi le prix augmente ? Que faire pour payer moins cher ?

TransporteurChargeur

par Clémence Levieil, le 10/10/2022

11 min de lecture

Le prix du carburant, et plus particulièrement du gazole, qui représente 70% des ventes, n’a eu de cesse d’augmenter puis de baisser légèrement ces derniers mois. Ce schéma en dents de scie a eu des conséquences néfastes sur le transport routier de marchandises. Mais comment expliquer de tels changements ? Quelles solutions envisager ? Existe-t-il des astuces pour payer moins cher au sein de son exploitation ?

Où trouver le carburant le moins cher proche de chez soi ?

Que ce soit pour minimiser le coût du gazole au sein de votre flotte de camions ou pour vous rendre au travail à moindre frais, vous cherchez le prix du carburant le moins cher autour de chez vous ?

Dashdoc a pensé à vous ! Voici une carte dessinée par le gouvernement, qui vous propose en temps réel le prix du gazole et des autres carburants selon votre localisation et les stations d’essence les plus proches de votre emplacement.

Retour en arrière : comment expliquer la flambée des prix du carburant ?

Avant de se plonger dans les raisons qui ont poussé certains à faire de grands détours pour se fournir en carburant ou même à voler des pairs directement dans leur réservoir, venons-en à la racine : de quoi est composé exactement le prix du carburant ?

La composition du prix du carburant

Le prix du carburant peut se diviser en quatre éléments distincts :

  • Le coût du pétrole brut : il s’agit d’un prix variable qui dépend complètement de la loi du marché, à savoir de l’offre et de la demande ;

  • Le coût de production et surtout l’acheminement : après le raffinage, qui consiste à transformer le pétrole brut en carburant (et autres produits pétrochimiques), l’approvisionnement demande beaucoup de dépenses liées à la sécurité des infrastructures et du stockage ;

  • Le coût de fonctionnement et marges réalisées par le distributeur (environ 8%) ;

  • Les taxes spécifiques (60% du prix de l’essence et du gazole à la pompe) : elles représentent donc près des deux tiers du prix du carburant. Les deux plus importantes sont la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) et la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

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Le saviez-vous ? Combinés, les marges du distributeur, le coût du pétrole brut et de production représentent seulement 38% du prix du carburant. Le plus gros du prix s’explique avant tout par les taxes gouvernementales comme la TICPE et la TVA : 61% du prix du carburant.

Les causes des variations du prix du carburant

En 2021, le prix du litre de gazole a augmenté de 45% et le prix du Gaz Naturel pour Véhicules de 250% ! (Chiffres de l’OTRE). Ces chiffres ne sont pas revenus à la normale depuis. A quoi est-ce dû exactement ?

Plusieurs raisons, pas seulement économiques, mais à la fois géopolitiques et sociales, expliquent ces changements incessants dans les prix du carburant, qui pèsent finalement sur les transporteurs :

  • Les multiples déconfinements et reconfinements en Chine, qui dictent la reprise commerciale et la santé du fonctionnement du fret. A chaque fois, la demande d’hydrocarbures s’en trouve impactée car la Chine demeure le deuxième pays le plus consommateur au monde.

  • L’embargo européen sur le pétrole russe, qui a produit ses effets en décalé : l’Union Européenne s’était engagée à supprimer plus de 90% de ses importations de pétrole issues de la Russie.

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Avant la guerre en Ukraine, l’Union Européenne achetait de manière quasi quotidienne 2,2 millions de barils de pétrole et 1,2 millions de barils de produits raffinés.

  • Dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar : l’euro a baissé de 15% face au dollar depuis le mois de janvier 2022. La monnaie européenne n’a pas connu de valeur aussi basse depuis près de vingt ans ;

  • Les capacités de raffinage insuffisantes : selon l’Union française des industries pétrolières, la capacité annuelle de raffinage de France est de 70 millions de tonnes. Si ce chiffre paraît conséquent, le taux d’utilisation des raffineries est très élevé (85%), toute interruption provoque donc des risques importants sur le marché du pétrole ;

  • La driving season aux Etats-Unis : facteur saisonnier mais de grande importance, c’est la période précédant l’été où la moitié de l’essence dans le monde est achetée par les Américains, qui se déplacent à l’intérieur du pays pour leurs vacances estivales ;

  • Aussi, le prix du pétrole brut a considérablement monté ces derniers mois : le 6 mars 2022, il atteignait les 140 dollars le baril de brent puis est retombé à 100 dollars quinze jours plus tard avant de remonter à plus de 120 dollars. Il a aussi pris 5 dollars en quelques jours à peine au cours du mois de mai par exemple.

Schéma montrant l’évolution du carburant ces dernières années

Schéma montrant l'évolution des prix du carburant depuis septembre 2021. Source BFM.

Depuis septembre 2021, on peut ainsi voir que le prix du carburant est passé de 1,42€ le litre à 1,70€ le litre un an plus tard.

Trois pics de prix sont remarquables : l’un en février à plus de 2,10€, l’un en juin à plus de 2,10€ aussi et l’autre début septembre à plus de 1,90€.

Quels sont les prix pratiqués par les différents concurrents ?

La différence entre les stations d’essence

Se limiter à une station-service devient compliqué pour les automobilistes et pour les transporteurs professionnels puisque les prix peuvent varier totalement d’une station à une autre. On comptait par exemple jusqu’à 31 centimes d’écart le litre entre deux stations voisines, au printemps 2022, entre Paris et Evreux.

Les distributeurs ne pratiquent pas des prix élevés simplement pour faire des marges intéressantes. Nombre d’entre eux participent aussi à des opérations ponctuelles comme les ristournes ou les “essence à prix coûtant” (Total ou Leclerc étant les plus connus), ce qui ne les aide pas à générer du profit.

Les stations ne commandent pas leur carburant en même temps et pâtissent des tarifs ou des cours différents très changeants, évoqués plus tôt.

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Bon à savoir : en moyenne, les distributeurs font une marge d’un centime par litre de carburant.

La moyenne des prix

De Août 2000 à août 2022, le prix du baril de pétrole est passé de 0,7030€ à 1,6994€. Un bond de 141,68% !

Faire le plein devient de plus en plus compliqué pour les transporteurs.

Conséquences des prix trop élevés de carburant

La trésorerie qui s’écroule

Rappelons-le, le carburant est l’un des piliers de postes de dépenses des transporteurs routiers. Il peut monter entre 25 et 30% du total de leurs dépenses, au même titre que le salaire des employés, dont les chauffeurs, et l’entretien du matériel.

Si les dépenses de carburant explosent pour les transporteurs, cela se ressent immédiatement avec un travail à perte : les chauffeurs font des trajets dont le gazole sera plus cher que la valeur de la course. C’est pour cette raison que la trésorerie s’écroule.

"Nous ne pouvons pas absorber les surcoûts. Sinon nous mettrions la clef sous la porte", déclarait Jean-Philippe Cazaurang, directeur technique de l’entreprise Buffard Logistique au Havre, à Francebleu en avril 2022.

D’autres transporteurs, à l’image de Vincent Verbeke, ont vu leur trésorerie s’effondrer en l’espace de trois mois. Les coûts ont augmenté de 34 000€ entre deux paiements pour remplir la cuve…

La dégradation des conditions de travail et l’impact néfaste sur les salaires des chauffeurs routiers

Le fait de payer toujours plus cher le carburant finit par avoir un impact direct sur les chauffeurs routiers, qui paient également davantage pour venir travailler. Sur le long terme : démotivation et perte d’employés sont redoutés.

La possible fermeture des entreprises

La peur de mettre la clef sous la porte et de devoir cesser toute activité de transport fait aussi tiquer plus d’un exploitant. La hausse des prix du carburant est une chose mais nombre de transporteurs craignent aussi une pénurie de gazole, encore plus nuisible à leur quotidien : il ne s’agit plus de travailler correctement mais de travailler tout simplement.

C’est pour cette raison que les distributeurs ont essuyé des situations inconfortables cette année 2022, où ils avaient notamment le droit de fournir du carburant à leurs clients mais dans une certaine quantité. Ce, afin d’éviter une pénurie sur plusieurs sites.

A l’image du transporteur Prémat, spécialisé dans les produits dangereux dans l’Essonne et nécessitant près d’un million de litres de carburant par mois, beaucoup de transporteurs répercutent la hausse sur leurs clients avec l’indexation gazole. Sur ses 500 camions, une partie roule également au gaz, mais le prix a aussi explosé avec la crise énergétique et la situation en Ukraine : +300 % au printemps. Cette partie de la flotte a du être arrêtée.

Je calcule mon indexation gazole

Les solutions mises en place pour aider les transporteurs

La FNTR (Fédération Nationale des Transporteurs Routiers) et l’OTRE (Organisation des Transports Routiers Européens) avaient exigé de l’Etat des mesures similaires au “bouclier tarifaire” mis en place depuis octobre dernier pour l’énergie. Jean Castex, alors premier ministre, avait en effet gelé les prix relatifs à la facture énergétique en émettant des accords avec EDF.

Les deux organisations réclamaient à l’Etat de "prendre des mesures d'urgence, fortes et concrètes".

L’idée pour le carburant aurait donc été de bloquer les prix sur le court terme, puis de mettre en place une série d’aides financières pour que les exploitants de transport puissent au moins avoir une trésorerie positive.

Les aides gouvernementales

L’aide financière proportionnelle à la flotte

Le gouvernement a donc versé une aide totale de 400 millions d’euros pour les acteurs du transport routier. Chaque entreprise bénéficie d’une aide par véhicule, en fonction de la taille de sa flotte.

Poids du PTAC (tonnes)Montant de l'aide (€)
7,5 ou moins400
7,6 à 25,9600
26 ou plus750
Tracteur tirant une semi remorque1300
Montant de l'aide en fonction du poids du PTAC

La réduction à la pompe

Du 1er avril jusqu’à août 2022, le gouvernement a imposé une réduction de 0,15 centimes/L hors taxes lors du remplissage à la pompe et à la cuve de gazole. Cette aide a permis aux transporteurs de maintenir la tête hors de l’eau mais pas de compenser réellement.

Le pied de facture ou la surcharge carburant

Son application est imposée aux chargeurs pour protéger les transporteurs des variations de gasoil trop importantes. Dashdoc avait d’ailleurs développé tout un article sur l’indexation gazole afin de répondre aux divers questionnements mais aussi un outil pratique téléchargeable pour les transporteurs.

Retenons que l’indexation gazole repose sur deux grands axes :

  • L’évolution du prix du carburant ;

  • La part du carburant dans les coûts de revient

La formule à appliquer est la suivante :

📊

(NOUVEAU COÛT DU GASOIL / BASE GASOIL DE RÉFÉRENCE) -1 = Evolution du gasoil x 100

Il est nécessaire de connaître le poids du poste de carburant, souvent utilisé par le CNR pour l’année en cours, disponible sur le site du CNR).

Avec l’indexation carburant, chargeurs et transporteurs ne s’y retrouvent pas toujours. Les entreprises de transport sont dans la majorité des cas des TPE avec 15 salariés ou moins. De par leur taille, ce n’est pas chose facile de se confronter à des donneurs d’ordres qui ne veulent pas forcément appliquer les règles.

Quelles astuces les transporteurs peuvent-ils encore mettre en place pour ne pas pâtir du prix du carburant trop élevé ?

Quelles alternatives face aux prix montants du carburant ?

Les solutions mises en place par les transporteurs pour faire face à la flambée des prix du carburant

A part la répercussion en pied de facture, les transporteurs peuvent envisager différentes alternatives.

Réduire la taille de la flotte

Cela peut sembler drastique au premier abord et surtout cela peut paraître peu rentable : moins de camions, moins de transports effectués. Mais, il ne s’agit pas seulement de se délester de ses camions pour couper les frais d’entretien : il faut optimiser les taux de remplissage des véhicules restants.

Ce dont un transporteur aura besoin pour mener à bien cette mission ? Une prévision fine des volumes à transporter sur les mois à venir et donc une relation de qualité avec ses clients. Le partage d’informations avec ses partenaires chargeurs est clef pour pouvoir réagir et rebondir rapidement.

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Le recours au transport multimodal

Les camions, nous le savons, restent indispensables pour acheminer la plupart des marchandises, surtout concernant le début et la fin des livraisons. Mais, le mode ferroviaire ou maritime peuvent aussi apparaître comme de bonnes solutions pour les longs trajets ou encore mieux, sur des transports internationaux.

Les transporteurs doivent comparer leur rentabilité en utilisant les camions seuls face à la combinaison de plusieurs modes, tout en gardant en tête qu’il y a des données sur lesquelles ils n’auront plus tout à fait la main (la garantie de la qualité ou des délais) car il ne s’agira plus de leur flotte uniquement.

C’est une possibilité que seuls certains transporteurs peuvent se permettre mais elle vaut la peine d’être citée pour éviter une surcharge des prix du gasoil.

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Le petit plus ? Passer au multimodal serait synonyme de six fois moins de consommation énergétique qu’en ayant recours au seul mode routier.

Choisir une énergie alternative au gasoil

Si certains professionnels du transport routier ont déjà entamé des démarches dans ce sens (passage au biocarburant ou à l’hydrocarbure), d’autres sont plus réticents. Le gasoil reste, au départ, l’une des énergies les moins coûteuses et il est difficile d’opter pour un changement à 360° et de partir sur une énergie verte, malgré l’appel grandissant de la décarbonation.

L’électricité ou le gaz sont actuellement aussi frappés par une hausse des prix spectaculaire, ce qui peut, à juste titre, faire renoncer pour le moment à un changement de carburant.

Réduire les distances parcourues

Cette option repose sur une stratégie de long terme et ne peut pas être mise en place du jour au lendemain, mais il convient de l’étudier !

Même si chaque transporteur dispose d’exploitants expérimentés qui vont faire des choix pour que le camion arrive le plus rapidement possible à son point de déchargement, il existe des solutions pour optimiser les tournées jusqu’au dernier kilomètre : des logiciels aussi appelés “planificateurs” ou “organisateurs” de tournées, à l'image de Kardinal.

Former à l’éco-conduite

Afin de consommer moins de gasoil, l’éco-conduite peut aussi se révéler une très bonne alliée. Elle ne règlera évidemment pas toutes les problématiques liées aux dépenses de l’entreprise mais elle permettra d’installer une vigilance et une sensibilisation des chauffeurs sur le long terme.

Démarrage, coups d’accélérateurs, entretien global du camion, recours à la climatisation ou au chauffage… Toutes ces habitudes participent au caractère énergivore ou non du véhicule et peuvent vous faire économiser des sommes non négligeables.

L'éco-conduite et les logiciels d'optimisation : des pistes d'amélioration pour réduire les coûts.

Foire Aux Questions (FAQ)

Quels sont les types de carburant utilisés par les transporteurs ?

Les transporteurs routiers mais également les bus utilisent surtout le diesel/le gazole, qui est réputé moins cher et moins taxé que l’essence.

A savoir, il existe les carburants classiques : essence et gazole ; les biocarburants : huile végétale, biodiesel, bioéthanol, algocarburant, biogaz ; et les alternatives : GPL et GNV.

Quelle est la différence entre essence et gazole ?

On retrouve dans l’essence divers hydrocarbures légers, majoritairement de l’heptane, tandis que le gazole, aussi appelé “gasoil” ou “diesel” est constitué d’hydrocarbures plus lourds répartis autour du cétane. Ils sont tous deux issus du raffinage de pétrole brut mais alimentent des véhicules aux types de moteurs différents. Le gazole est utilisé majoritairement pour les camions, alors que l’essence est utilisée surtout pour les voitures.

Quand le prix du carburant va-t-il baisser ?

Le prix du gasoil pour les particuliers donnait l’impression d’avoir baissé dernièrement grâce aux remises de l’Etat, allant de 18 jusqu’à 30 centimes en septembre 2022. Mais globalement, le prix devrait encore augmenter ! D’après les experts de Goldman Sachs, le prix du pétrole devrait encore monter d’ici la fin de l’année 2022 et passer à 125 dollars le baril, ce qui impactera forcément le prix du carburant et les transporteurs routiers.

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