Camille Jolivet, directrice logistique d’Agriconomie

Coulisses de Chargeur #2 C. Jolivet, Directrice Logistique d’Agriconomie

Chargeur

par Clémence Levieil, le 10/28/2022

6 min de lecture

Tous les chemins mènent à la logistique ! Camille Jolivet nous emmène avec elle dans le quotidien d'une directrice logistique, univers fourmillant où les jours ne se ressemblent pas... Supply chain et logistique sont des briques fondamentales pour faire tourner une activité, particulièrement dans des secteurs aussi importants que l'agriculture...

Bonjour Camille, quelques mots sur vous et Agriconomie pour commencer ?

Je m’appelle Camille Jolivet, je suis directrice Logistique d’Agriconomie. Je fais partie de la société depuis plus de 4 ans maintenant. Agriconomie, c’est le site de e-commerce qui fournit aux agriculteurs tout ce dont ils ont besoin : équipement spécialisé mais aussi engrais et semences variées.

“La logistique est très différente chez nous car on va du petit boulon de tracteur à un camion de trente tonnes, qui livre de l’engrais liquide, en citerne !”

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Fondée par des fils et petit-fils d’agriculteurs, Agriconomie est la première entreprise à réinventer le e-commerce pour ce secteur primordial en France. Le succès est présent, déjà plus de 90 000 agriculteurs séduits, et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : Agriconomie connaît entre 30 et 40% de croissance chaque année.

Justement, ce n’est pas trop difficile d’organiser une véritable logistique pour des produits si différents ?

Non car même si nous avons 3 entrepôts différents, nous avons bien compartimenté la logistique. Nos solutions s’organisent selon trois business units :

  • L’engrais, la nutrition : il s’agit là de camions allant de 25 à 30 tonnes. A l’intérieur de cette unité on retrouve donc des camions complets ou de l’affrètement, camions citernes, tautliners ou de la benne.

  • La petite pièce détachée : ici c’est beaucoup de messagerie. Il faut beaucoup de réactivité sur ces flux !

  • La semence et les produits phytosanitaires : nous avons un entrepôt dédié pour cette partie car il contient des produits dangereux (ADR).

Comment se constitue votre équipe ?

Nous sommes 9 personnes dans l’équipe. Il y a un responsable pour chaque business unit, auxquels sont rattachées une ou deux personnes pour l’opérationnel. D’ailleurs, nous avons de la chance, nous avons eu de vraies pépites en stagiaires, qui sont montées progressivement à ces postes ! J’ai également un chef de projet stratégique, qui planche sur les axes de développement d’Agriconomie dans les 5 années à venir. Un des gros défis est l’implantation internationale, nous pensons à ouvrir un entrepôt à l’étranger.

L'équipe d'Agriconomie en réunion stratégique
L'équipe d'Agriconomie en pleine réunion

Travailler en équipe et manager, cela fait donc partie intégrante du poste ?

Oui, le management et le social prennent plus de la moitié de mon temps, que cela concerne mon équipe resserrée, les autres managers ou les prestataires.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre job : le côté stratégique, opérationnel ou humain ?

C’est un bon équilibre entre les trois. J’adore réfléchir à des solutions pour faire grandir l’entreprise donc le côté stratégique me parle. Cependant, je joue de plus en plus un rôle décisif pour conserver les talents.

“C’est difficile de recruter, mais c’est encore plus difficile de garder ses talents.”

Je mets un point d’honneur à leur donner des clefs d’accompagnement pour qu’ils s’épanouissent et montent en compétence. Comme la boîte évolue constamment, c’est complètement accessible pour eux d’initier un projet ou d’en prendre un à charge.

Et qu’est-ce que vous aimez le moins en tant que directrice logistique ?

Les aléas à traiter au jour le jour ! C’est le moins agréable. Surtout lorsque l'on n'est pas forcément responsable car nous ne sommes pas en bout de chaîne. Par exemple, lors d’un litige entre transporteur et client, il faut prendre sa casquette de médiateur car les deux parties sont irritées par la situation et ont quelque chose à y perdre.

“Il y a quelque temps, un transporteur avait renversé accidentellement sa cuve sur le jardin d’un agriculteur. Il faut prendre le temps de parlementer avec chacun tout en prenant vite une décision. Que peut-on faire pour garder le client ? Que peut-on imputer au transporteur ?”

A quoi ressemble une journée aux manettes de la logistique chez Agriconomie ?

On ne s’ennuie pas ! Je fais beaucoup de management pour accompagner les équipes, qui relèvent de nombreux défis au quotidien. Je fais aussi partie du CODIR donc je participe à beaucoup de réunions stratégiques.

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Nous avons de la chance de faire partie d’une entreprise qui connaît 30 à 40% de croissance tous les ans. Le défi est énorme pour la logistique : il faut suivre la croissance tout en gardant une qualité optimale !

Camille Jolivet dans les bureaux d'Agriconomie
Camille Jolivet dans les bureaux d'Agriconomie.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

Mes gros projets du moment sont surtout :

  • Le déménagement des entrepôts.

  • L’accompagnement IT pour les métiers de la logistique afin qu’ils soient autonomes sur les outils et aillent vite.

Et le terrain, dans tout ça ?

Je vais voir mes prestataires une à deux fois par mois, pour établir un bilan, vérifier la qualité du service mais aussi pour implémenter de nouvelles solutions avec eux.

Si vous deviez me citer un des projets que vous avez mené au sein d’Agriconomie dernièrement ?

La livraison express en 12/24h ! Le schéma habituel de nos clients est simple : quand ils ont besoin d’acheter, surtout pour faire leur stock sur toute l’année, ils prennent leur voiture et vont dans la coopérative ou le magasin régional. Il fallait que l’on soit capable de proposer une livraison très rapide pour obtenir un avantage concurrentiel de taille. Cependant, ils se trouvent dans des milieux ruraux difficiles d’accès. On a étudié la question et ouvert des entrepôts de proximité pour pallier à ce problème.

“Nous sommes véritablement acteurs de la digitalisation dans l’agriculture, il y a beaucoup de boulot. Mais cela me plaît d’être face à un milieu où il faut se relever les manches, c’est ce qui fait le sel des start up qui débutent.”

Vous connaissiez déjà l’agriculture avant de travailler pour Agriconomie ?

Non, pas du tout ! J’ai tout découvert en arrivant et j’ai trouvé le secteur très intéressant. Ce domaine gagne à être connu alors qu’il a mauvaise presse. L’univers agricole est profondément familial. Chez Agriconomie, 50% des salariés viennent du monde “business” et 50% de l’agriculture. Beaucoup passent par chez nous tout en gardant en tête l’idée de reprendre l’exploitation familiale.

"Beaucoup d’anciens salariés d’Agriconomie viennent faire leurs armes ici et repartent avec des projets liés à l’agriculture. C’est très important pour nous de se placer en tant qu’accompagnants, c’est une réussite pour nous aussi. Par exemple, certains se lancent dans le bilan carbone pour agriculteurs, d’autres vendent des produits d’Oise et Marne à Paris en valorisant la consommation locale."

Et comment êtes-vous arrivée jusqu’ici ?

Petite, je voulais être journaliste et cadreuse, ce qui n’a rien à voir avec ce que je fais ! J’ai fait une école de commerce un peu par hasard, comme beaucoup. Par la suite, j’ai surtout réfléchi en termes de débouchés et de ce qui m’intéressait dans les offres disponibles. La majeure Achat et Logistique m’a tentée, l’année de césure m’a décidée.

“Je pensais que mon expérience de 5 ans dans le milieu médical avait été intéressante mais l’arrivée à Agriconomie m’a mis une claque. C’est une entreprise où il y avait énormément de challenges à relever et où je sentais que l'on pouvait vraiment s’épanouir professionnellement.”

Pourquoi la logistique finalement ?

J’ai toujours eu un peu une âme d’entrepreneuse, mais comme la logistique me plaisait beaucoup, je me suis rapidement dit qu’il fallait que je mette cette expertise au profit d’un projet entrepreneurial. Il y aussi le fait qu’on n’a pas le droit à l’erreur dans la gestion des flux sinon cela se ressent directement sur le business !

Comment voyez vous l’avenir dans votre poste et dans le secteur ?

Vis à vis de mon poste, je dois suivre la cadence niveau logistique et switcher vers des méthodes plus vertes. Cela va être de plus en plus demandé, indéniablement. C’est aussi le cas sur la partie agricole même si nous restons lucides sur ce duo paradoxal : s’inscrire dans un schéma durable et parvenir à nourrir la planète… Si l’on passe totalement au bio, on se dédit de notre mission d’accompagnement de tous les agriculteurs (le bio, le conventionnel et la transition) et l’on ne peut pas nourrir la planète.

L'agriculture se digitalise : aide à la décision, automatisations.
L'agriculture en pleine digitalisation

Les agriculteurs sont-ils convaincus ou contraints par l’écologie selon vous ?

Les agriculteurs sont moteurs pour trouver des solutions alternatives. Mais ils sont difficilement rentables et ne jouent pas à armes égales avec leurs voisins européens qui ne disposent pas des mêmes normes de produits, de bio, etc. Ils ont besoin de plus de soutien gouvernemental et européen surtout, pour s’aligner. Je pense qu’une des pistes les plus importantes reste l’investissement dans la recherche.

“Le milieu de l’agriculture est ultra-complexe, teinté de beaucoup plus de nuances que l’on ne saurait l’imaginer.”

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L’agriculture est extrêmement digitalisée sur l’exploitation. Certains continuent de faire à l’ancienne, mais beaucoup ont des outils digitalisés pour leur faciliter le travail physique. La nouvelle génération qui arrive veut des aides à la décision et veut travailler le plus efficacement possible à l’image de NeoFarm. Cette solution fait en sorte que tout soit contrôlé et automatisé. Le côté entrepreneur ressort d’autant plus chez les agriculteurs car ils passent davantage de temps à analyser tous les indicateurs de rentabilité, de potentiels nouveaux business.

Etre une femme dans la logistique ou l’agriculture, c’est un vrai sujet ?

Ce sont deux milieux très masculins, c’est sûr. Mais je n’ai jamais rencontré de problème là-dessus. Les gens peuvent être surpris mais à partir du moment où l’on remplit son job, que l’on est efficace, il n’y a aucun souci. La seule différence, c’est peut-être sur le recrutement, on voit que l’on attire moins de femmes que d’hommes sur le papier.

Dans l’agriculture, on voit que de plus en plus de femmes se manifestent. Elles ont toujours fait partie du secteur, pas forcément dans les champs, mais désormais elles sont plus visibles et osent reprendre des exploitations. Le système se démocratise.

Merci à Camille Jolivet, qui fait bouger les lignes dans l’agriculture et qui confirme que la logistique est aussi une histoire de passionnés. “Cela fait 4 ans que j’y suis mais j’ai chaque année l’impression de voir une nouvelle entreprise !”

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